Archives de Catégorie: Cercle des Mythes

La Grande Tisseuse

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Article de Patricia Buigné-Verron
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Métier de haute lisse

Métier de Haute Lisse

Je suis la Grande Tisseuse, l’Art’tisse du Destin…
Celle dont l’Art de la Lisse (1) a pour dessein de guider la main des Trois Parques, des Moires ou bien des Nornes.
J’invite aujourd’hui votre conscience à éclairer mon art…

Baton-EsculapeFunambule de l’Univers, depuis l’aube des temps, je danse sur le fil de l’âme entre Ciel et Terre.
Ma perche d’équilibre est ma baguette magique en forme d’IS dont l’S enspiralé est le serpent qui siffle sur vos têtes…
De son extrémité, j’attire la poussière d’étoiles. Je l’assemble en boule, la pétris, l’étire et la file pour en extraire le Fil de l’UN…
J’en prends grand soin et l’enroule sur les trois fuseaux du Destin…
Je suis prête à utiliser mon métier à Lisser…

J’applique quelques règles d’usage :
– D’abord, tendre le Fil entre l’ensouple du Ciel (2) et l’ensouple de la Terre… Il est la chaîne (3) qui soutiendra l’ouvrage…
– Utiliser la baguette magique comme une navette cosmique…
– Tirer les fils de trame (3) où court le va et vient des incarnations humaines…
– Glisser aussi quelques Lys entrelacés… entrelissés… la fleur royale garante de la pureté du geste…
– Devenir Alys, l’Art’tisse de la Vie au Pays des Merveilles…

Et Tisse et lisse la navette…
Et court et glisse sur le vivant tissu qui infiniment défile…
Laisse se dessiner les singuliers motifs aux formes différentes selon la tâche impartie à chacun…
Selon aussi la trace laissée en traversant le feu, l’eau, l’air et la terre, aller et retour.

Voilà donc où s’inscrit le Destin !

Merci à http://artistelicier.free.fr/
Merci à http://artistelicier.free.fr/

Ne croyez pas pourtant qu’il soit prédéfini et immuable !
Les humains sont libres s’ils respectent les Lois.
Acteurs de leur vie mais inscrivant leur forme sur le tissu divin.
Responsables des répercussions si, en fabriquant des tissus de mensonges, ils provoquent une erreur dans le motif.

Quelqu’un a-t-il aujourd’hui a suffisamment d’étoffe pour me dire de quel tissu il  est issu ?
A-t-il cherché le germe dont vient le premier Fil ?
Pourrait-il répéter sur terre, à son humble manière, le geste créateur dont je donne recette ?
Libre  à chacun de écouter celle-ci comme une chansonnette ou bien de percevoir ce qu’elle reflète et puis de s’y soumettre :

Graines de lin

Qu’on commence par planter
Dans une terre fertile
La graine d’Unité
Qui donnera le Fil.
Qu’on laisse la plante pousser
Jusqu’à maturité
Puis, qu’on l’arrache et qu’on la décompose
Pour extraire les Principes de toutes choses.
Elle devra passer par différentes opérations (4)
Ou se succéderont
Rouissage, teillage et écochage,
Peignage, cardage, filage et bobinage.
Cela demande un peu de temps.
Puis vient le blanchiment,
Une opération à faire scrupuleusement
Et suffisamment,
Avant la Grande Aventure
de la Teinture.
Et quand tout sera prêt,
C’est à moi de chercher
Des bouches à utiliser
Comme métiers à tisser.
La langue sera parfaite
Pour faire une navette
Que je pourrai passer
– C’est évident ! –
Dans le peigne des dents (5).
Alors, comme une onde
Se tissera « la Parole du Monde »,
Le Verbe Créateur
Dont l’Amour est au cœur.

_________________________

Notes

(1) Deux techniques de tissage composent l’Art de la Lisse, utilisant deux métiers à tisser différents : le métier de haute lisse est composé de deux montants supportant deux cylindres mobiles (les ensouples), placées l’une dans la partie supérieure, l’autre dans la partie inférieure. Le tissage est ainsi réalisé à la verticale. Avec le métier de basse lisse, la chaîne se trouvant tendue sur un plan horizontal, le tissage se fait de façon horizontale. Voir ce site
(
2) Les deux parties du métier à tisser : l’un porte le fil de chaîne, l’autre enroule le tissu fabriqué. L’ensouple du haut porte le nom d’ensouple du ciel, celle du bas représente la terre. Ces quatre morceaux de bois symbolisent tout l’univers.
(3) Le tissage est le résultat de deux sortes de fils :  les fils de chaîne tendus sur le métier et provenant de l’ensouple. Ces fils sont disposés dans le sens de la longueur (ourdissage) et le fil de trame de couleur qui est passé à la navette entre les fils de chaîne. Ces fils de trame sont disposés dans le sens de la largeur
(4) Ces opérations sont décrites dans la documentation fournie sur le Portail de « Pitre de la Chesnaie »
(5) Evoque les mythes Dogons rapportés par l’ethnologue Marcel Griaule et sa fille, Geneviève Calame-Griaule

En écho à cet article voir cette page

Parole d’Yggdrasil

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Article de Patricia Buigné-Verron
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Cher Ódhinn,

Mon époux, mon père, mon enfant, mon frère,
Petit-fils de Buri, le premier Dieu que j’ai créé !
Je suis la Grande Mère à l’origine de toutes choses.

Dans mon Arbre-Monde, on vénère ton courage de guerrier,
Ta magie de sorcier, ton inspiration de poète et ta frénésie de savoir.
On t’appelle le Père de Tous et toi, tu crois tirer les fils de l’invisible.

Oublies-tu que c’est à travers moi

Que tes Nornes gravent en Runes les forces créant vos destinées ?
Et d’abord, que connais-tu de mes Mystères ?
Es-tu seulement capable de me sacrifier ce que tu es devenu ?
Au défi que je lui lance, Ódhinn ne dit mot.
Il demande aux Dieux de l’attacher par un pied à ma plus haute branche.
Il a toujours su, au fond, qu’il devait se mettre en suspension,
Opérer ce retournement et modifier son angle de vision.

Merci à Turgis de Normandie

Puis, il brandit sa lance flamboyante et,

Dans un geste inscrit dans la mémoire universelle, il se transperce le flanc.
Feu d’En Haut qui libère le Feu d’En Bas.
Ouverture essentielle d’où s’écoule l’Essence du Ciel.
Retrouvant l’inscription en moi-même de ma béance originelle,
Je me fais vase pour recueillir le sang d’Ódhinn.
Il infuse mes racines, rejoint la Fontaine de Mímir,
Se distille dans mon tronc,
Et rejaillit dans mes bourgeons qui saignent à leur tour des larmes d’or.

Je ressens la souffrance et la solitude d’Ódhinn.

Elle est devenue ma douleur.
Elle dure neuf jours et neuf nuits…
Ou peut-être neuf mois, je ne sais plus.
Temps infini pendant lequel, Ódhinn, je t’ai bercé dans mon aura et enveloppé de mon Amour.
Et puis un jour… les vents arrivent.
Ils soufflent puissamment dans ma ramure de Frêne, et je m’agite frénétiquement.
Mes racines gémissent.
La nature entière gronde.

Alors, au plus fort de la tempête,

Dans une ultime contraction de mon tronc,
Tandis que, abandonné enfin, tu ballottes au bout de la corde qui te rattache à moi,
C’est ce moment que je choisis, Ódhinn, pour marquer ton corps du sceau de l’indicible
Et lui communiquer, à travers la palpitation vibrante de mes feuilles émues,
Mes secrets les plus éternels.
Tu es devenu Moi.
Nos points « comme Un » réunis, pour la nuit des temps.

Je sais que je fus pendu,
suspendu à l’arbre tordu par le vent,
neuf nuits entières,
blessé par une lance,
consacré à Ódhinn,
moi-même offert à moi-même,
sur cet arbre dont nul humain ne sait
sur quelles racines il s’appuie
(Havamal, strophe 138)

Tu ouvres alors les yeux et,

De la terre « d’Ases île » qui t’accueille,
Tu vois jaillir les Runes du sol, inscrivant leur reflet dans le ciel.
Tu les prends et tu es délivré.
Maintenant, tu connais le langage secret de l’Autre Monde.
Te voilà initié à la Connaissance suprême
Et dépositaire du Verbe portant le Fruit de Vie.
Par toi, désormais s’écoulera la Source.

Va, mon fils !

Je devins alors créatif et savant,
Et je grandis et  devins prospère,
Mes mots se préparaient depuis un mot
Jusqu’à un (autre) mot,
Mon action se préparait depuis une action
Jusqu’à une (autre) action.
(Havamal, strophe 141)

Une brève histoire du temps : l’Arbre le Serpent et le Féminin

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Article de Patricia Buigné-Verron
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Au commencement, le vide

Au commencement était le vide, gouffre insondable, vacuité sombre et profonde, dépositaires d’infinies « possibilités », de l’infime à l’immense, de l’atome à l’étoile. Indissociable  de l’espace vide, le Temps ! Temps impossible à voir, à saisir ou à photographier. Temps illusoire peut-être ? Temps de l’éternel présent où coexistent le passé et le futur dans le tourbillonnement fondamental [1]  ? Ou bien Temps-Père qui tempère les inestimables potentialités de l’Espace-Mère par l’inéluctable geste séparateur dont découle la manifestation créatrice [2] ?  Temps créateur ouvrant sur la différenciation et la conscience par la naissance de la forme dans la matière. Matière solide de texture définie ? Ou bien condensé d’énergie au sensible assemblage ?

L’Arbre et le Serpent

Contenu dans les potentialités des formes, l’Arbre Cosmique ! Il est là depuis toujours, hors du temps. Il n’a pas conscience de lui-même, porté dans la béatitude du bercement vibrationnel du chant de l’Univers… un chant qui sonne comme un appel au Grand Serpent du Temps. Le voici le Serpent, monstrueuse forme ondulante. Il vient de s’extraire du chaos primordial de la Divine matrice déployant un à un ses innombrables anneaux dépositaires d’informations. Il danse autour de l’Arbre, et sa danse génère des courants énergétiques. Deux flux antagonistes simultanés traversent l’Arbre de part en part. Des fontaines jaillissent de ses racines d’en bas et de celles d’en haut. Baigné dans un champ d’énergie vibrant d’éclaboussures de vie, l’Arbre sort d’un long sommeil. Maintenant, il perçoit la terre, ressent le ciel et « sait » qu’il est le pivot de l’Univers pour les cycles des cycles.

L’hologramme cosmique

Sous l’archet enspiralé de l’onde serpentiforme, l’Arbre libère dans le cœur de l’aubier une sève d’Amour, vectrice de souveraine transcendance. Communication avec l’Univers…

Tout va alors très vite. Le cosmos se condense en son point originel. Il bascule dans un trou noir [3]  absorbé par l’intensité d’un champ gravitationnel inconnu. Au-dessous, l’Arbre l’accueille, sensible réceptacle en double vortex [4]  émetteur et récepteur… En un instant, l’Univers tout entier est en lui. Sans commencement, ni fin… Dehors est au-dedans mais toujours au dehors. Dans le Grand  Hologramme Cosmique, la partie contient le Tout. Le Tout reste plus grand que la somme des parties. Tout est relié au Tout [5]. L’éternité dans un arbre…

Le Treillis énergétique

Tout étonné de sa perception d’être, l’Arbre regarde autour de lui. Tel un pont divin, des fils ou « cordes »[6] se dessinent, tendues entre le haut et le bas. Subtile trame où le Serpent circule telle une vibrante navette tirant le fil de l’onde de vie pour tisser l’Espace-Temps. Bientôt apparaît un maillage vibratoire constitué de grilles entremêlées. Des grandes mailles divisées en petites mailles. Dans les petites mailles, un treillis plus fin. Un ordre implicite règne dans ce désordre fréquentiel où s’enchevêtrent les fils des vies. Celles du passé et du futur, celles de chaque individu et celles des ancêtres, celles de l’histoire du monde et de l’univers, celles des univers parallèles dans d’autres dimensions, celles disponibles en probabilités pour l’observateur selon le regard qu’il pose. Tout cela en simultané et dans l’interactivité, tout en respectant la hiérarchie des fréquences complémentaires. Vision multidimensionnelle. Symphonie vibratoire aux notes personnelles. Le Serpent ? Inlassablement, il active les lignes du temps, collecte des informations et harmonise chaque fréquence de l’immense réseau vibratoire de la Divine Matrice. Il s’est infiltré dans l’ADN humain et niche dans le cerveau reptilien. Il vibre à tous les flux, au-dedans et au-dehors. Il en assure la connexion  en un seul instant synchrone qui génère les synchronicités [7] qui nous étonnent.

La Sorcière et la Fée

Retour dans la Divine Matrice, l’incubateur quantique où se concocte la Vie dans la magie de ses infinies possibilités, le réceptacle sacré où bouillonnent les éléments de la soupe primitive. C’est le chaudron de la sorcière Kerridwen (voir le mythe au bas de cette page)…  Que l’observateur pose son regard sur le contenu et soudainement les ingrédients s’agencent selon la forme proposée par sa conscience. Dans ce chaudron sacré où tout est disponible, le Serpent – en forme de cuillère – vient créer le mouvement spiralé du tourbillonnement fondamental. En trois gouttes essentielles dépositaires de l’essence du ciel, il extrait les briques élémentaires choisies par l’observateur. Il les assemble ensuite en fréquence vibratoire selon le modèle désiré. Derrière le Serpent, veille la fée Mélusine (voir la légende au bas cette page), l’infatigable bâtisseuse – serpente, de son état – à l’élan créatif. Sorcière et Fée, au service de la création de l’observateur. Ombre et lumière, unies dans un seul et même espace pour perpétrer le Grand Mystère de la Vie.

Le Féminin guérisseur

Confondue à l’Arbre, la Femme, Sorcière et Fée à la fois. Depuis la nuit des temps, elle contient, porte, berce, caresse, enveloppe, vibre, touche et guérit, utilisant la connaissance de la magie, celle où l’âme agit…  On s’adosse contre son tronc. On se dépose entre ses branches. On vient demander, parfois prendre ou encore partager. Elle est sensible aux flux énergétiques des corps qui la côtoient. Elle vibre à certaines fréquences, est perturbée par d’autres. Elle ressent, énergétiquement, émotionnellement… Ici, la santé n’est plus. Là, les croyances sont erronées. Là encore, un événement douloureux est enkysté. Elle perçoit les distorsions d’informations, sent lorsque la vie est figée, si le mouvement intérieur est bloqué. Elle sait alors qu’à cet endroit précis du corps, le Temps s’est échappé. Alors, la Femme pose ses mains, libère le serpent vibratoire. A la vitesse de la lumière, l’onde du Temps recherche la fréquence perdue dans l’immense treillis des vies simultanées de l’hologramme cosmique. Influx électromagnétique dans le champ énergétique. Influx électrique synaptique entre les neurones du cerveau. La connexion se fait, la vie figée se remet en mouvement et cherche le chemin du temps présent…


[1] Ce « tourbillonnement » est une manière d’évoquer le « spin », propriété quantique intrinsèque associée à chaque particule. Le spin c’est « comme si » la particule tournait sur elle-même sauf que concrètement elle ne tourne pas.

[2] Dans beaucoup de mythologies, le geste créateur est un geste séparateur

[3] « black hole » sur le dessin. Selon certaines théories, notre monde consistance physique serait un trou noir à la dimension zéro (condensation d’énergie dans la matière en un point précis de l’Espace-Temps). Il s’agirait alors d’un monde virtuel. Le monde réel, de nature quantique, serait dans les autres dimensions. Théorie de Nassim Haramein.

[4] L’univers en tore bidimensionnel (« torus » en anglais) est un modèle cosmologique créé pour comprendre certains aspects de la relativité.  Le tore bidimensionnel est un objet de taille finie mais qui n’a pas de bord car il se boucle sur lui-même. Franchir un bord, c’est se retrouver de l’autre côté du tore.

[5]  Il s’agit là d’une des caractéristiques d’un hologramme

[6] La Théorie des Cordes, une théorie unifiée de l’Univers qui jette un pont entre la physique quantique et la physique gravitationnelle.

[7]. Voir « la physique de l’information » : http://www.doublecause.net/index.php?page=presse.htm#page7

Inanna, Monde d’en Bas et Mariage Sacré

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Article de Patricia Buigné-Verron
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Inanna est une déesse sumérienne dont on a retrouvé trace sur des tablettes d’argile gravées en écriture cunéiforme. Les deux extraits ci-dessous sont une « adaptation libre » de sa mythologie. Ils constituent deux passages d’un texte plus complet qui souhaite explorer, à travers diverses mythologies, un Féminin authentique oublié.

Descente dans le Monde d’en Bas

Je descends dans l’obscurité de l’humanité…
Je dois passer sept portes, toutes gardées par un portier
Qui veille à ce que la règle antique soit respectée.
A chaque porte, je dois décliner mon identité :

« Je suis Inanna, de là où le Soleil se lève ! »

Mais dans ce pays d’ombre, le portier n’en n’a cure,
Et chaque fois, il me demande de me défaire d’une de mes parures.
Je m’incline et lui laisse successivement ma couronne, mes bijoux de front, mon module de lazulite,
Mon collier, mes perles-couplées, mes bracelets, mon cache-seins et mon manteau royal…

Et pendant tout ce temps, inexorablement, je descends… je descends…
Je suis le grain qui meurt et je suis la terre qui enfouit le grain.
Tandis que le portier me déshabille de mes enveloppes,
Au cœur du grain, le germe se développe.
Et, si progressivement j’agonise,
Assurément je me végétalise.
Dépositaires de mes rituels, vos évangiles disent :
« Si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ;
Mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruits »

Et toujours, je descends… Je descends…
Mes sept étapes sont mon chemin de joie.
Chacune d’elle me plonge dans l’émoi
Tandis que se dissout tranquillement mon « moi ».
Ma descente devient danse décente
Où je dévoile ma pudique nudité
Tout en jouant avec mes voiles :
Voilée… dévoilée…
Je suis celle que vous voulez… Je suis celle que je suis…
Je suis celle que vous voilez… Je suis celle que voilà…
Et ma danse des sept voiles me fait voyager dans sept niveaux de conscience,
Sept planètes, sept couleurs ou sept chakras, comme vous voilez…
Où chaque fois, je laisse une vieille identité pour mettre à nu ma vérité.

Et encore, je descends… Je descends…
Progressivement, je me rêve-Elle.
Qui ça Elle ? Ma sœur peut-être,
Ou bien encore… la matière originelle, celle dont est faite la matrice profonde.
Celle où beauté et laideur extrêmes s’unissent et se confondent.
Celle où fécondité et pourrissement, harmonieusement mêlés,
Constituent ensemble un processus sacré.
Celle où deux sœurs, de Lumière et d’Ombre
Se trouvent être deux faces d’une même entité.

Ma descente est terminée.
Me voici arrivée.
Dans le Royaume des morts, Ereshkigal m’attend depuis longtemps.
Nue, face à elle, dans le noir regard ma sœur d’En-Bas,
C’est moi-même exilée que je vois dévoilée.
En un instant, dans le miroir de ma profondeur mystérieuse,
Je me réapproprie la part ténébreuse
Que l’on m’avait ravie.
La déesse fragmentée,
Adaptée aux normes collectives,
Refoulant dans l’ombre sa force instinctive primitive,
Retrouve soudain son entièreté.
Sauvée des âges, je redeviens la déesse sauvage.
Alors, autour de moi, tout se met à danser :
Il n’y a plus ni Inanna, ni Ereshkigal,
Ni haut, ni bas, ni vie, ni mort, ni cosmos, ni chaos,
Ni masculin, ni féminin, ni blanc, ni noir, ni passé, ni futur…
Il n’y a que l’Instant Présent,
l’Aventure de la Nature et son Grand Cycle des transformations.

Et donc, je me soumets.
J’entends les Sept Juges du monde d’En-Bas m’annoncer leur sentence,
Et je sens le regard de ma sœur pénétrer ma substance.
Il me lit et me lie tandis que son cri me détruit.
Je suis le grain qui meurt avant d’être plus tard l’épi.

La brillante Ereshkigal prit alors place sur son trône
Et les Anunna, les Sept Juges, articulèrent devant elle leur sentence !
Elle porta sur Inanna un regard : un regard meurtrier !
Elle prononça contre elle une parole : une parole furibonde !
Elle jeta contre elle un cri : un cri de damnation !
La femme ainsi maltraitée fut changée en cadavre
Et le cadavre suspendu à un clou !

Mon corps, en cadavre déshabité
N’est plus que vacuité.
Le clou est le croc du labour
Qui pénètre ma terre en sa Source d’Amour.
Dans mon obscure profondeur,
L’écoulement sanglant est une liqueur de douceur
Répandant sa semence
En ma terre de clémence.
A l’instant où je meurs,
Voilà donc que j’épouse le Grand Taureau fécondateur !
Un échange subtil
Vient de s’opérer
En ma terre fertile.

Je me sens unifiée…

Cependant…
Trois jours et trois nuits – ou peut-être trois mois, je ne sais –
Me seront nécessaires
Pour vivre mes Mystères
Selon le processus sacré de pourrissement…

Descente dans le monde d’en bas d’Inanna

 

Le Mariage Sacré

Chaque année, dans ma cité d’Uruk, on célèbre le Mariage Sacré.
Il s’agit d’un rituel de fécondité
par lequel la Grande Prêtresse, ma divine représentante,
va s’unir au Roi, le « taureau fécondant ».
Par cet acte, il s’agit d’assurer à la cité,
abondance et prospérité,
tout en donnant au souverain sa légitimité pour une année.
Après quoi, le Roi sera sacrifié pour la communauté.
N’ayez crainte ! Il s’agit là d’une métaphore
pour dire que le blé dont la graine est enfouie,
devra être coupé lorsqu’il sera levé.

Pour l’instant, je veux vous raconter
comment mon histoire est jouée, chanté et même dansée,
afin que la hiérogamie – ainsi désigne-t-on l’union d’un humain et d’une divinité –
puisse être accomplie
dans une divine chorégraphie.

Nous sommes au Printemps, le jour du Nouvel An.
C’est le temps des semailles et de l’allégresse,
celui d’une nouvelle jeunesse.
Mon sanctuaire est en fête.
En son centre, on a dressé deux trônes et une Couche Sacrée.
Sur cette dernière, des brassées de joncs frais ont été disposées,
recouvertes d’un couvre-lit en lin, spécialement confectionné.
Au sol, des copeaux de cèdre,
parsemés ça et là pour exalter les sens
et percevoir l’essence de toute chose,
répandent dans l’atmosphère leur subtile fragrance.

Je suis prête.
Incarnée dans le corps de ma Première Prêtresse,
on vient de me baigner, me parfumer, me parer.
J’attends le Roi, dans le rôle de mon amant Dumuzi.
Le voici justement qui arrive.
Il porte ses rituels atours avec, sur sa tête, la perruque couronnée.
Ses bras sont chargés de cadeaux qu’il dépose à mes pieds.
Je suis séduite.
Nous prenons place sur les trônes pendant que, selon la liturgie établie,
l’assistance entonne des chants d’amour dans un refrain scandé.
L’époque est sans tabou et les mots sont directs :

O mon Amant, cher à mon cœur,
Le plaisir que tu donnes est doux comme le miel !
O mon Lion cher à mon cœur,
Le plaisir que tu me donnes est doux comme le miel !

De plus en plus puissantes, les voix s’élèvent vers les cieux,
tirant de leur transport des accents « mêle-aux-dieux ».
Les lyres et les flûtes se mettent à jouer
invitant les prêtresses à danser pour les dieux.
Alors le Serpent, transparaissant dans leur corps ondulant,
s’enroule et se déroule
jouant avec leur voile qui vole et les dévoile.
Du ciel à la terre et de la terre au ciel circule l’onde d’amour.
Le moment est intense.
Transportée par la cadence,
l’assistance bascule dans une  « transe-en-danse ».
Je me sens enfiévrée.
J’entraine le Roi vers la Couche Sacrée
pendant que le chœur continue à chanter :

«Epoux laisse moi te caresser. Mes caresses sont plus douces que le miel.
Dans la chambre nuptiale, laisse-nous jouir de ta beauté généreuse.
« Déesse, j’accomplirai pour toi les rites qui me confèrent la royauté.
Je suivrai pour toi le modèle divin ».

Alors l’invitation se fait plus claire et plus directe :

« Viens labourer ma vulve, homme de mon cœur » !

Amoureux sumériens

Bientôt en grand émoi,
j’attire le Roi vers moi.
Au cours de mille caresses,
d’ivresse et d’allégresse
ma vulve est labourée et la graine déposée.
Mon corps-terre est comblé
et mon âme, embrasée.
La végétation va pouvoir pousser.

Je souhaite à mon Roi-Dumuzi
belle souveraineté et longue vie
et lui remets les royaux insignes,
l’anneau et la baguette,
comme gage de l’union du féminin et du masculin,
et aussi bien sûr sa couronne et son sceptre.
Par ce geste, je l’investis dans son viril pouvoir et le consacre Roi de statut divin.
Qui donc sait encore que la monarchie « de droit divin » provient de ce rituel ancien ?

Cette joie que j’apporte n’est pas que pour le Roi.
Tout le monde y a droit.
Ainsi, j’envoie ma fidèle servante chercher les hommes aux champs.
Ils entonnent mes chants
et viennent ensemble jusqu’à mon temple, ce lieu sacré
où des Prêtresses d’Amour qui leurs sont réservées
vont les aimer
activant dans le cœur de ces fiers laboureurs,
l’étincelle qui jaillit dans le ciel lorsque s’unissent les corps
et dont l’éclat perdure dans l’abondance de leur future récolte.
Ces Prêtresses d’Amour, si dévouées à mon culte,
vos historiens les ont, moins joliment, nommées
« prostituées sacrées ».

De mes chants liturgiques, je n’ai livré qu’une parcelle
mais le « Cantique des Cantiques » les reprend, en plus édulcorés.
Inspirés par Celle qu’on a fini par oublier
et par Dumuzi, son bien-aimé,
ils évoquent désormais l’amour de Yahvé pour son peuple d’Israël
ou bien encore l’amour du Christ pour son épouse l’Eglise.
Ah, si mon présent récit pouvait réveiller la vivante expérience de l’Amour humain
transcendée par l’Amour divin !

Mélusine et le feu dans l’eau

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Article de Patricia Buigné-Verron
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Voir résumé de la légende de mélusine à la fin de ce texte

Deux dans l’Une, dedans l’Une

Mélusine je suis, Mère Lusine, Mère Lucie ou Mère Lux, la Mère Lumière… Mais aussi Lugina, la parèdre de Lug. Si je viens du « Pays Blanc », l’Albanie (autre nom pour «l’Ecosse»), je donne à voir mon ombre autant que ma lumière. Fée et femme, humaine et serpente, divine et démone, mère et amante, bâtisseuse et issue du chaos, eau et feu, bien que «Une» je sois, double est ma nature, tant je suis liée à la Vie autant qu’à la Mort…

Femme d’eau avant toute chose, j’aime conter comment l’amour a attisé mon feu secret alors que j’apercevais dans le miroir de l’onde de la « Fontaine de Soif », l’un des lieux d’eau où je me régénère, l’image de Raymondin, ma part masculine. Il était triste et éteint et une étincelle, jaillissant de mon feu intérieur, est venue embraser son cœur. J’ai su immédiatement qu’il allait être celui  par lequel j’allais accomplir ce destin humain dont je devais faire l’expérience. Curieusement, le feu de mon eau, c’est dans les bains hebdomadaires que je l’entretiens. Il suffit, en effet, que je me glisse dans mon bassin de marbre, bien à l’abri des regards profanes, pour retrouver ma forme sacrée. Là, j’arbore l’énorme queue de serpent dont ma mère m’a dotée et l’agite vigoureusement dans mes eaux matricielles. Qui pourrait imaginer que l’énergie prodigieuse alors déployée, appelle le feu d’en haut à s’unir au feu d’en bas, dans le creuset alchimique de mon bassin ?  Dans cette danse des flammes, mon âme s’enspirale  tandis que se répand alentour le Feu igné.

Trois « fonctions »

Dans la région poitevine où je réside, on me connaît pour mon activité colossale de défricheuse et de bâtisseuse. En effet, pour l’amour de mon époux, mais aussi pour utiliser le feu qui m’anime, j’ai fait construire mystérieusement les châteaux de Lusignan, de Mervent, Vouvant, Saint-Maixent, Parthenay et bien d’autres œuvres encore… Certes, j’assure la «fonction production» avec la fécondité et la richesse associées. Mais n’ai-je pas aussi donné naissance à une lignée de chevaliers et de conquérants pour laquelle on m’attribue aussi la « fonction force », cette force martiale qui protège ? Quant à la « fonction sacerdotale » qui définit mon lien avec la Connaissance, la Souveraineté et le Sacré, je la tiens de ma queue de serpent dont découle l’onde de vie qui se propage sur mon passage.

Trois « principes »

Dame des Philosophes, je suis pour eux le « Mercure libre », subtil et immatériel, le principe volatil de la matière. Mais tout me pousse à « fixer le volatil » de mon Mercure pour permettre au Soufre, principe masculin fixe, de « volatiliser le fixe » de son état  et qu’il ne reste que le blanc dépôt du Sel après la longue épure de bains en bains dans le vase alchimique, cette cuve où je me baigne… De la célébration des « noces  mystiques du Roi et de la Reine » jaillit le feu de la « Salamandre » grâce à l’action de ma queue de serpent. C’est alors que je deviens « Dragon Ailée » ou « Mercure Double » ou encore « l’Androgyne ». Je suis, en fait, la Mère-Cure, celle qui guérit par l’équilibre et l’harmonie, et mon double pouvoir de Mort et de Vie, de séparation et de réunion, « Solve et Coagula », me permet, à certains moments de l’Année, de trouver l’accord entre le sec et l’humide, le feu et l’eau, en les maintenant conjointement dans une tension créatrice où l’eau ne mouille pas et le feu ne brûle pas mais, au contraire, se nourrissent l’un de l’autre…

Quatre éléments

Comme Mère Cure, on me retrouve dans les fontaines guérisseuses auxquelles on donne des noms de Saints ou de Saintes, faute de mieux me connaître. Car je suis une femme Vouivre qui serpente et ondule sous la terre pour la réchauffer et la régénérer afin d’en garantir fertilité et fécondité. En échange, je reçois ses oligo-éléments et ses sels minéraux qui confèrent à mes Sources une qualité exceptionnelle. En recueillant mon eau, on me vénère et on erre dans mes veines, les « Veines du Dragon », ces courants telluriques que je parcours indéfiniment. Chacun veut s’imprégner de la force prodigieuse qui y circule tandis que je m’efforce d’en maintenir l’accord avec les flux cosmiques gérés par la Grande Ourse. Cet accord, le Roi Arthur (l’Ours), ce fils de Pen Dragon, l’avait trouvé et son règne en a bénéficié. Les « Veines du Dragon », ce sont les méridiens de la terre dont les anciens avaient toute connaissance. Pour honorer certains de leurs points, et dans un travail d’acupuncture terrestre de recherche d’équilibre, ils y plaçaient des mégalithes auxquelles on donne parfois le nom de « dracontias ». Mais quand les  « Veines du Dragon »  viennent à se confondre avec le lit d’un fleuve,  alors je laisse libre cours à mes débordements et les eaux se gonflent démesurément jusqu’à ce que crues dévastatrices s’ensuivent. Le « Drac » notamment, ce fleuve au nom de dragon, connaît bien mes excès. Non loin de ses berges, dans les grottes nommées les «Cuves de Sassenage», je me suis aménagé un sas sans âge, une sorte de cuve secondaire qui n’est pas sans me rappeler celle de mon Poitou natal, à Lusignan où ma légende reste attachée. De la Vouivre au Dragon, il n’y a donc qu’un pas griffu, un coup de nageoire, un coup de flamme, ou un coup d’ailes… Certes, je vis dans les entrailles de la terre à la recherche des cours d’eau, mon feu s’exprime par des éruptions volcaniques dont les gaz, portés par mes ailes, se propagent dans les airs. On m’attribue les forces terrifiantes de l’érosion qui sculptent les paysages dans une transformation perpétuelle…

 Illustration : Mélusine de l’ossuaire de Sizun (finistère)

L’envol du Dragon

A Lusignan, dans le secret de mon bassin, chaque samedi, rituellement, j’enroule les cycles et célèbre mes rythmes naturels dans un processus de  renouvellement infini. Cela implique toutefois des sacrifices nécessaires dont mon époux, Raymondin, a fait les frais. Il faut dire qu’il avait découvert ma véritable nature en me regardant, indiscrètement, par le trou de la serrure, m’ébattre dans mon bain. Il est des « portes initiatiques » que l’on ne force pas. Nul ne peut pénétrer les  mystères de la Nature et de ses processus de transformation s’il est seulement animé d’une curiosité gratuite. Raymondin n’était pas prêt à franchir ce seuil qui séparait l’espace profane de l’espace sacré. Le temps de sa « deuxième naissance » n’était pas encore venu. Là s’arrêtait donc mon œuvre et je devais le laisser face à sa liberté. A lui, désormais, d’accomplir sa voie, d’accéder à sa véritable royauté. Je n’étais jusque là qu’une femme serpente lorsque je senti me pousser de grandes ailes de chauve-souris. C’est sous la forme d’un Dragon ailé de taille gigantesque que je pris mon envol depuis une fenêtre du château non sans, auparavant, avoir pris soin de proclamer à tous ma « filiation royale » (ma mère est la fée Presine et mon père, le Roi d’Albanie). Je fis trois fois le tour du château en poussant un cri étrange et douloureux avant de disparaitre dans les nues… aux yeux des humains seulement. Car je reste une « passeuse » d’entre deux mondes, liée à la Vie et à la Mort. La Vie, je l’honore en revenant secrètement chaque nuit pour allaiter mes derniers enfants dans la continuation de mon oeuvre divine à travers ma lignée, tant il est vrai que « la Voie Lactée » permet, d’après vos alchimistes, le passage du monde visible au monde invisible. La Mort, je l’accueille dans la « vraie vie » de l’Autre Monde et, lorsqu’un descendant mâle des Lusignan est sur le point de mourir, je viens prévenir en lançant un grand cri qui retentit alentour…

Illustration : Mélusine sur un mur de Lusignan, son fief

Feu de la Terre

On s’est toujours demandé d’où me venait cette vitalité démesurée qui faisait de moi la bâtisseuse entreprenante que l’on connait. Et si elle me venait de la Terre Creuse, celle que les légendes nomment Agharta et dont la capitale est Shamballa ? Dans ce Royaume, il est une source incandescente appelée « Vril » *, que d’autres nomment « önd », le souffle de vie qui fut donné aux humains par Odin. Le Vril, c’est la force vitale des dieux, un immense réservoir d’énergie proche du Ki des chinois et du Prâna des hindous et dont les « courants telluriques » de la Vouivre ne sont que l’expression extérieure. Le Vril, c’est la Voie du Guerrier ! Les Vikings, en recherche d’énergie combative, en « chargeaient » leurs drakkars à proue de dragon. On dit aussi que les runes lui doivent leur force magique agissante. Mais le Vril, c’est surtout la géo-énergie émise par la rotation de notre planète et qui participe à la fois de l’électricité, du cosmo-tellurisme,  de l’électronique, du magnétisme et de la force psychique, tout en véhiculant de l’information. C’est cela que ma queue de serpent puise sans limite et dont je me revêts comme d’un habit de lumière ! Cette énergie sacrée, susceptible de transformer l’homme en dieu, vit en germe au cœur de chaque être, au plus profond de ses cellules et de son ADN en double serpent. Elle est l’énergie blanche des guérisseurs et des sorciers. C’est une puissance magique opérative que je suis venue réveiller en la tempérant de mon eau. « Tempérance », la lame XIIII du tarot de Marseille, n’exprime-t-elle pas, à travers son transvasement permanent entre l’énergie bleue et l’énergie rouge de la robe,  tout ce que je veux signifier ?

 * Le mot Vril a d’abord été utilisé par les rosicruciens au 19ème siècle et a été popularisé par la nouvelle de Edward George Bulwer-Lytton, Vril: The Power of the Coming Race (1870). Ce mot a été déconsidéré par son usage par des sociétés secrètes nazies.

Feu du Chaudron

Sourcière autant que sorcière,  il m’arrive de prendre les traits de la Kerridwen celtique. Alors, d’un coup de baguette, ou plutôt de cuillère magique, le bassin où je me baigne devient chaudron et le dieu Kernunos est à mes côtés, brandissant un serpent. Quant à mes bains purificateurs, il me suffit de ceux de la lumière des astres, lorsque, tout juste « revêtue du ciel », je m’en vais, sous la lune pleine, ramasser  les plantes sacrées destinées à imprégner l’Eau de mon chaudron de leurs informations divines. Mais le secret de mon art est encore dans le Feu. Celui de la Terre sur lequel j’ai pouvoir : il brûle sous mon chaudron comme il brûle en moi-même. Celui du ciel appelé par les battements répétés de la cuillère, rappelant ceux d’une queue de serpent dans un bassin de marbre. Et, lorsque le chaudron bout à gros bouillons signifiant que les deux feux coïncident, alors les exhalaisons se répandent dans l’Air. Le breuvage d’éternité, « fixé » à travers les quatre éléments de la « matière », est prêt. A défaut de Raymondin, le jeune Gwion sera le prochain initié s’il passe les épreuves… Le voilà d’ailleurs qui recueille trois gouttes volatiles et, avec elles, la Connaissance des quatre éléments et l’art de la transmutation. Je veux le vérifier et, tandis qu’il m’échappe sous la forme d’un lièvre courant sur la terre, je deviens lévrier à sa poursuite. Il plonge alors dans l’eau sous la forme d’un poisson et c’est en tant que loutre que je file derrière lui. Il s’élève dans les airs et devient oiseau et moi, épervier prêt à m’abattre sur lui. Apercevant un tas de blé, il y plonge pour n’en devenir qu’un grain parmi les autres.  Mais moi, je deviens poule noire, le retrouve et n’en fait qu’une becquée pour le « passer au feu » du « chaudron » de mon ventre. Neuf mois plus tard, alors que j’ai repris ma forme initiale, j’accouche de Taliésin. « Tournez neuf fois les Cercles dans les Chaudrons » chante un poète de ma connaissance… « Dans son chaudron la sorcière/Avait mis quatre vipères… » chante une comptine. Les vipères… Kernunos n’est pas loin, son serpent à la main…

Serpent de Feu

Kernunos est là, en effet. Assis en lotus, dans cette position indo-européenne, devenue de nos jours si familière, il tient un serpent dans la main gauche. Nous montre-il la voie du « Serpent de feu » ? Dans sa main droite, il brandit un torque. Ce dernier symbolise-t-il le cercle de la « petite fontaine » qu’est notre fontanelle ? La Sagesse hindoue nous parle de l’énergie Kundalini, représentée par un serpent lové dans notre sacrum qui ne demande qu’à s’éveiller jusqu’à la fontanelle et nous conduire à l’illumination. Encore nous faut-il, auparavant, avoir dompté le Dragon en transmutant cette part ténébreuse de nous-mêmes où se côtoient pulsions infernales et peurs associées, reflet de notre ignorance. D’où les purifications nécessaires dans le vase alchimique, quel que soit la forme qu’on lui donne. La montée du Serpent, de chakra en chakra, dans notre colonne vertébrale est souvent comparée au mouvement de rotation d’un bâton produisant le feu par friction. La création toute entière, dit-on, serait le fruit de ce feu de « barattage » qui bouge des énergies opposées telles la lumière et l’obscurité, l’esprit et la matière. C’est aussi l’action de ma queue de serpent dans ma forme de Mélusine… Ici, les énergies opposées se nomment Ida et Pingala. Ida est le « nadi » (ou canal d’énergie) gauche, féminin, lié à la terre et à l’eau, dont le courant circule de bas en haut.  Pingala est le « nadi » droit, masculin, lié au feu et à l’air, dont le courant circule de haut en bas. De leur croisement enspiralé, s’ensuit un frottement  s’exprimant à travers les chakras et qui permet au Serpent de Feu de monter dans Suschumna, le canal central jusqu’à ce qu’il perce la surface de la « petite fontaine ».

Mélusine je suis.
Près de la « Fontaine de Soif »,
Je guette l’eau qui bout…

Légende de Mélusine

Résumé repris sur ce site

Le roi Hélinas d’Albanie rencontre une belle inconnue au bord d’une fontaine, et elle accepte de l’épouser pourvu qu’il lui promette de ne pas la voir pendant ses couches.

Celle-ci, Pressine, met bientôt au monde trois filles : Mélusine, Mélior et Palestine. Mais Hélinas ne peut s’empêcher d’entrer alors qu’elle les baigne. Aussitôt, Pressine s’enfuit avec les bébés, et gagne l’île d’Avalon.

Ayant grandi, les trois soeurs apprennent la faute de leur père. Elles décident de le punir en l’enfermant sous une montagne. Pressine, qui n’avait sans doute pas oublié Hélinas, ne peut rien changer à leur geste, mais, furieuse, elle punit à son tour ses filles : Mélior sera condamnée à garder un épervier dans un château d’Arménie ; Palestine sera enfermée dans le mont Canigou, avec le trésor de son père ; et Mélusine se transformera tous les samedis en serpente « du nombril en aval » et ne pourra échapper à cette malédiction qu’en épousant un homme qui accepte de ne point la voir en cette situation.

Raimondin, dont le père, le comte de Forez, avait lui aussi rencontré une fée au bord d’une fontaine, est élevé chez son oncle, le comte de Poitiers. Hélàs, Raimondin le tue accidentellement au cours d’une chasse au sanglier. Eperdu de douleur, il erre à l’aventure à travers la forêt de Coulombiers.

C’est ainsi qu’il parvient à une fontaine où se tenaient « trois dames de grand pouvoir ». Tout à sa peine, il ne les remarque pas, mais Mélusine quitte ses compagnes, vient vers lui et arrête son cheval. Il est immédiatement ébloui par sa beauté. Elle l’appelle par son nom, et lui promet bonheur et prospérité s’il l’épouse. Il devra seulement ne jamais chercher à savoir, ni révéler à quiconque où elle va et ce qu’elle fait le samedi.

C’est ainsi que Raimondin va devenir le plus puissant seigneur du Poitou. Les noces sont somptueusement célébrées. Près de la fontaine où ils se sont rencontrés, Mélusine édifie le château de Lusignan. Et elle donne naissance à dix fils, dont les huit premiers sont porteurs d’une tare physique. Mais aucun nuage ne vient pour autant ternir le bonheur et la prospérité du couple …

Jusqu’au jour où le frère de Raimondin insinue des choses sur les activités de Mélusine le samedi. Raimondin, bouleversé, ne peut s’empêcher de rejoindre le bas de la tour où elle s’est enfermée. De son épée il perce un trou dans la porte, et il découvre sa femme prenant son bain,  » jusquà la taille, blanche comme la neige sur la branche, bien faite et gracieuse, le visage frais et lisse. Certes on ne vit jamais plus belle femme. Mais son corps se termine par une queue de serpent, énorme et horrible. « 

Le pauvre homme, pris de frayeur, se signe. Mais, très vite, il rebouche le trou. Il retourne auprès de son frère et c’est contre lui qu’il rejette sa fureur. Il déclare Mélusine irréprochable, et le met à la porte du château.

Mélusine, de son côté, feint de ne s’être aperçue de rien, et la vie continue comme avant …

Jusqu’au jour où un de leurs fils, Geoffroy la Grand’Dent, incendie sauvagement l’abbaye de Maillezais, avec les moines qu’avait rejoints son frère Fromont. Raimondin, horrifié, voit là le signe du caractère diabolique de sa femme, et il ne peut s’empêcher de la traiter en public de « très fausse serpente ».

C’en était trop, le serment était rompu. Mélusine saute par la fenêtre. Elle redevient serpente, et s’envole.  » Elle fait trois fois le tour de la forteresse, poussant à chaque tour un cri prodigieux, un cri étrange, douloureux et pitoyable. « 

Raimondin ne l’a jamais revue. Mais on dit qu’elle revint nuitamment allaiter ses deux derniers fils qui n’étaient pas sevrés. Et qu’elle se manifeste, en criant, chaque fois que la mort va toucher sa descendance, ou que son château s’apprête à changer d’occupant.



Kerridwen

La légende de Taliesin d’après Le livret du Barde de Syd

Il était une fois, et il n’était pas, en pays de Pennlyn, terre du souverain Tegid Voel Le Chauve, une femme d’une grande beauté, pleine de talents et de grands savoirs sur les choses secrètes. Cette femme avait pour nom Cerridwen (ou Kerridwen) est était l’épouse même de Tegid Le Chauve
De leur union naquirent trois enfants, Creiwyl une enfant magnifiquement belle comme sa mère, Morvran et AfangDu l’enfant le plus laid du monde. C’est pour sa laideur que Cerridwen semble le chérir plus que les autres, c’est pour sa laideur qu’elle cherche les magies les plus fortes, les filtres les plus secrets. Cet enfant laid lui hante le cœur et son amour pour lui désire le sauver de son infortune. A force de quête Cerridwen trouve enfin le moyen de compenser la laideur de l’enfant par la possibilité d’acquérir le savoir primordial. A cet effet elle prépare le chaudron de la connaissance et d’inspiration qui doit bouillir durant une année et un jour.. Elle sait, que trois gouttes de ce breuvage donné à l’enfant seront pour lui l’inspiration divine, celle qui illumine l’âme, promet tous les savoirs et tous les dons. Son fils alors n’aura plus à rougir de sa laideur puisque la beauté de l’âme lui sera donnée.
Le temps passant à faire bouillir le breuvage la Reine met à sa surveillance un jeune homme du nom de Gwyon Bach, ainsi qu’un vieil aveugle du nom de Mordra. Ils doivent ensemble veuillez à ce qu’il y ait toujours du feu sous le chaudron et que le liquide ne déborde pas. Ainsi font-ils, car Ceridwen, tout aussi belle soit elle peut avoir de terrible colère. Une année est passée, le cycle rond du temps a bientôt fermé sa boucle et le temps du breuvage arrive pour Afgdu.
Ce jour là Cerridwen est en quêtes d’herbes et de plantes magiques. Gwyon et Mordra discutent et discutent tant qu’ils ne voient pas le breuvage gonfler, buller de plus en plus, comme une grosse soupe enfin trop chaude qui pouffe des vapeurs. Trop tard le liquide jailli, saute, éclabousse tant et si bien que surpris Gwyon n’ayant pas eu le temps de s’écarter s’y brûla la main.
La douleur est terrible, le feu, le chaud est là, l’instinct porte sa main à la bouche Trois gouttes de magie le touche tout entier, pénètre par sa bouche. La lumière, la chaleur l’envahit tout entier comme un soleil nouveau, Gwyon est ébahi, choqué : n’a t-il pas bu là les trois gouttes réservées à Affgdu ? Et Gwyon, la tête soudain remplie de savoir, sait, voit, comprend la colère de Cerridwen. : il doit fuir !
La colère de Cerridwen fut terrible, elle cria, hurla, frappa la terre de ses talons, frappait tous ceux qui passait à sa portée, elle n’épargna pas Morda. On l’entendit jusqu’au bout des pleines, en haut des montagnes, le long des rivières du royaume. Ses larmes se mélangeaient à ces cris et tous tremblaient en l’entendant.
Ivre de rage et de chagrin la Reine parti à la recherche de Gwyon pour le châtier. Terrifié, l’enfant se cachait , entendit les cris, les menaces professées dans la colère. Alors qu’il entendait son pas plus proche, faisant appel à sa sagesse toute neuve, il se transforma en lièvre espérant courir si vite qu’elle ne pourrait le rattraper. Peine perdue Cerridwen était bien savante elle aussi des choses de magie et elle se transforma en lévrier. Ainsi elle courrait aussi vite, plus vite et l’approchait toujours plus. Prenant son élan Gwyon se change en poisson et Cerridwen devient loutre, Gwyon oiseau Cerridwen faucon. Toujours armé de son pouvoir de métamorphose Gwyon devenant grain se cache dans un tas de blé. Cerridwen devint immédiatement poule noire et avale les grains et par là – même Gwyon.
A l’aube d’un autre jour la Reine vois la grosseur de son ventre. Alors que son mari Tegid Le Chauve est parti combattre les pirates Gaëls et établir des fortifications le long des côtes, elle comprend immédiatement ce qui lui est arrivée. Cet enfant qu’elle attend ne peut être que le jeune Gwyon, la graine qu’il était devenu et qu’elle avait avalée, et se prépare à une deuxième naissance. Keridwen, le jour venu, va seule mettre au monde l’enfant Cet enfant est tellement beau que lorsque ses yeux croisent les siens, elle ne peut se résoudre à l’éliminer afin de le cacher aux yeux du monde, et lui construit une sorte de couffin tressé en joncs et en mousse qu’elle confie à la bienfaisance des eaux d’une rivière qui, loin de là, va mélanger ses eaux à celles de l’océan…
Neuf jours et neuf nuits durant, Gwyon fut ballotté au gré des flots mais sans jamais pleurer. Il n’éprouva ni la faim, ni la soif, car l’eau de la pluie prenait soin de le désaltérer et de tous petits poissons de sauter hors de l’eau pour rejoindre directement sa bouche. Au soir du dixième jour il arriva en vue d’une terre, celle du roi Gwyddno, connu pour posséder l’une des treize merveilles du royaume, un filet qui, chaque soir qu’il est mis à l’eau, rapportait suffisamment de poisson pour nourrir toutes les bouches du clan, et même plus. Gwyddno avait un fils, Elfin, un des garçons les plus malheureux et infortunés qui soient, et qui, ce soir-là, avait par son père été chargé de relever le filet, afin de lui porter chance.Habitué à son infortune il ne fut pas surpris lorsqu’il releva le filet et qu’il n’y trouva que le couffin tréssé et aucun poisson. Dans ce couffin, il y vit Gwyon, et Elfin fut si ébloui par sa beauté qu’il le nomma Taliesin et repris courage et ardeur en revenant chez lui. Son père, s’il commença par se lamenter de ce qu’Elfin n’avait rien pêché pour nourrir le clan, fut lui aussi sous le charme quand il vit le bébé.Et il le fut plus encore lorsque rassasié et réchauffé, le bébé entreprit de leur conter son histoire, celle de Gwyon Bach et Keridwen, et ce, sous la forme d’un chant aux sonorités parfaites.
Puis Taliesin prit la parole :
 » Grand merci à toi, Elfin, de m’avoir ainsi recueilli et accueilli. Entend maintenant que tu ne le regretteras pas car je suis Taliesin et si bientôt mon nom brûle parmi les innombrables étoiles du ciel, crois bien que je ne serai pas ingrat et que tu trouveras avec moi une récompense à la hauteur de ta gentillesse.  » Taliesin passa quatre années dans la maison d’Eflin, quatre années qui le virent passer d’enfant, au jeune homme qu’il est aujourd’hui au grand émerveillement des gens du roi Gwyddno. Tout ce temps, il s’appliqua à égayer son bienfaiteur qui, de timoré et voûté qu’il était, devint peu à peu un homme de compagnie agréable et de bonne conversation.
Vint un jour d’automne où Elfin les quitta, ayant été invité par son oncle Maelgwin Gwynedd à séjourner sur ses terres, à Degawny.Alors qu’il se trouvait là-bas, en compagnie des hommes de son oncle, à recevoir le boire et le manger, tout en écoutant les bardes chanter la gloire de ce dernier. Elfin, à qui la boisson avait fait perdre un peu la tête, se vanta d’avoir barde plus talentueux et femme plus fidèle que quiconque à Degawny.. Son oncle, entra dans une colère rouge, le fit jeter en prison, puis envoya Rhun, son fils illégitime, un jeune homme d’une beauté à laquelle aucune femme ne résistait, avec pour mission d’aller séduire la femme d’Elfin. Mis au courant de tout le stratagème, Taliesin, alla trouver sa protectrice pour tout lui raconter et lui proposer de la remplacer par une servante qui endosserait ses vêtements et ses bijoux. Rhun coucha donc avec la servante et, au petit matin, lui trancha le doigt qui portait l’anneau d’Eflin, avant de s’enfuir en direction de Degawny. Là, on fit sortir Elfin de prison pour lui montrer la preuve de l’infidélité de son épouse. Il répondit :  » Ah !! Ce doigt est trop petit, son ongle est sale, et il porte encore les traces du pétrissage du seigle, ce ne peut être celui de ma femme !!  » Maelgwin, furieux, fit remettre Elfin en prison, sous les yeux de Taliesin, car il avait suivi Rhun en secret lorsqu’il s’était enfui.
Plus tard dans la soirée, et sous la conduite d’Heinin leur chef, les trois bardes de Maelgwin se préparèrent à chanter pour apaiser le courroux de leur roi. Mais Taliesin leur avait joué un tour à sa manière, et ne sortirent de leurs bouches graisseuses que des  » bleub bleub  » maladroits et autres sons grotesques. Puis Taliesin s’avanç, fit connaître à tous sa présence, et, pour mieux confondre les bardes de Maelgwin, se mit à chanter avec une telle force que son chant déclencha une tempête qui s’apaisa aussitôt les dernières notes retombées. Maelgwin, reconnaissant alors qu’il surpassait tous ses bardes et probablement tous ceux du royaume, fit amener Elfin dont il fit tomber les chaînes L’oncle et le neveu désormais réconciliés, Taliesin conseilla à Elfin de prétendre qu’en plus de la femme la plus fidèle et du barde le plus talentueux, il avait également le cheval le plus rapide, ce qu’il fit.. Trois jours plus tard, une course était organisée et Taliesin alla trouver le coureur de Elfin et le muni de 24 branches de houx brûlées en lui donnant pour instruction d’en frapper chaque cheval qu’il dépasserait avant de jeter son manteau là où le sien ferait un faux pas.
Ainsi fut fait et après qu’Elfin eut remporté la course, Taliesin l’emmena là où était tombé le manteau en lui conseillant de creuser à cet endroit précis.Il y trouva un chaudron remplit d’or et, s’étant acquitté de sa dette, lui ayant établi considération et richesse, Taliesin quitta Elfin.. C’est ainsi que Taliesin parcouru les terres du monde pour y trouver le sujet de nouvelles chansons et parfaire sa connaissance en toute chose

Les mythes, des « organisateurs » de l’âme humaine

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transpArticle de Patricia Buigné-Verron
www.mouvement-interieur.org

 

Le chemin de l’être essentiel

Le besoin fondamental de l’être humain est de retrouver le chemin de son être essentiel, bien au-delà de tout ce conditionnement que la société et l’éducation a fait peser sur nous. Car qui sommes-nous en réalité ? Cet ex-enfant sage et discipliné qui, dans son application à correspondre à ce qu’on veut de lui, a perdu toute sa créativité ? Ce travailleur sans passion qui oeuvre par devoir et par nécessité ? Ou bien ce rebelle qui trouve dans l’agressivité une soupape de sécurité à son énergie créatrice inemployée ? Et si plutôt nous étions ce dieu, cette déesse, ce héros, mais aussi ce monstre et ce titan dont les mythes et les contes sont remplis ? Et si tous ces êtres fabuleux qui osent tout et qui peuvent tout, vivaient en chacun de nous sous la forme de figures archétypiques ?

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Les mythes, langage de l’âme collective

Depuis que l’homme s’exprime, existent les mythes. Joués, mimés, chantés, dansés, pour mieux les intégrer en soi, leur tradition était purement orale. Ils étaient l’extériorisation symbolique des fantasmes qui faisaient la singularité de chaque être dans la tribu. L’acceptation inconditionnelle de la variété des manifestations individuelles constituait le trésor culturel de ces civilisations dites « primitives ». Un monde fabuleux vivait en chacun, témoignant constamment du contact avec les Dieux. A travers les divers modes d’expression d’un même langage de l’âme que les mythes relataient à leur façon, le partage avec les autres était cadeau et enrichissement pour tous. Ainsi s’organisait sainement la vie psychique.

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Les mythes, récits de l’histoire de l’humanité

Grâce aux mythes qui racontent l’origine du monde, des dieux, des hommes, la création des animaux, l’origine des traditions, des rites et de certaines formes de l’activité humaine, s’organisait aussi la vie sociale et spirituelle ainsi que la transmission des connaissances. Toutes les cultures en possèdent. Relatant des événements situés dans un temps antérieur à l’histoire des hommes, ces récits, qui mettent en scène des êtres et des processus surnaturels, relient tout naturellement les humains au monde spirituel.

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Les Anciens et les mythes

Pour les chamanes et les prêtres-médecins égyptiens, les maladies provenaient d’une perte d’âme, bien souvent d’ailleurs générée par la « maladie des Ancêtres ». Le traitement consistait alors à apaiser l’âme des Ancêtres en la mettant en contact avec l’esprit ou le dieu qui lui correspondait au moyen de voyages chamaniques. Quant aux dieux – qui étaient des valeurs de l’être au même titre que nos concepts d’aujourd’hui – ils étaient alors des modèles accessibles qui avaient visage humain avec leurs imperfections. On les nommaient « démons » quand ils exprimaient leur face sombre. Aujourd’hui, « Dieux et démons » sont, selon Jung, l’expression des deux versants de l’archétype. Les voyages chamaniques resurgissent dans les mythes qui nous sont parvenus. Quant à la maladie des Ancêtres, c’est le travail transgénérationnel qui s’emploie à la guérir.

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L’oubli des mythes et la perte d’âme

Mais avant d’en arriver là, l’âme a connu bien des tribulations. En effet, une distinction progressive entre l’âme et l’esprit allait être officialisée en 787 par le concile de Nicée et confirmée en 869 par celui de Byzance. Il semblerait que, l’imagerie spontanée de l’âme donnant à chaque être des dons jugés suspects, l’église ait trouvé préférable de privilégier l’esprit, c’est-à-dire l’expérience des cimes (Mont Sinaï, Mont des Oliviers, etc.) au détriment de l’âme, c’est-à-dire l’expérience des vallées, ce lieu de dépression émotionnelle (vallée des larmes, vallée de l’ombre et de la mort, etc.) . Mais peut-on imaginer une montagne sans sa vallée ? Importante scission qui vida les images de leur Sens profond et donc de leur pouvoir divin… A partir de ce moment, elles ne furent plus que représentations d’idées et illustrations de doctrines théologiques. Le langage de l’âme disparut et, avec lui, l’efficacité symbolique des mythes. Le Verbe n’était plus Chair et il fut donné à l’homme de connaître la confusion de la Tour de Babel. Les fantasmes qui faisaient auparavant la richesse de chaque être furent appelés « désordres ». La notion de « norme » naquit et tout ce qui n’y entrait pas devint pathologie. L’homme avait perdu son âme.

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La résurgence des mythes

Quand les grands systèmes symboliques collectifs sont usés et que les images ne sont plus qu’allégories ou idéologies, chacun est condamné à recréer son propre système symbolique. C’est à ce moment que les créateurs retrouvent spontanément les mythes fondateurs de notre culture. Si nous devons aux artistes de la Renaissance d’avoir commencé à exhumer les mythes de l’antiquité gréco-romaine, aujourd’hui, des disciplines aussi diverses que l’histoire, l’archéologie, l’anthropologie, l’ethnologie, la linguistique ou la psychanalyse s’y intéressent. Freud a réactualisé le mythe qui lui permit d’élaborer le fameux complexe d’Oedipe. Jung quant à lui, tout en élaborant son concept « d’inconscient collectif », a dégagé des mythes et des rêves, la notion d’archétypes, ces images primordiales prenant leur source à l’origine de l’humanité. Le chemin de l’âme est maintenant retrouvé. Nourrissons-le.

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L’approche

Ce chemin de l’âme, il est possible de le nourrir en fortifiant l’ancrage individuel grâce à des repères collectifs
– d’ordre géographique (qui célèbre l’Esprit du lieu),
– d’ordre culturel (qui évoque l’histoire et les légendes rattachées à l’Esprit du lieu)
– et d’ordre spirituel (qui tient compte des courants spirituels rattachés à l’Esprit du lieu).

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