Parole d’Yggdrasil

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Article de Patricia Buigné-Verron
www.mouvement-interieur.org

Cher Ódhinn,

Mon époux, mon père, mon enfant, mon frère,
Petit-fils de Buri, le premier Dieu que j’ai créé !
Je suis la Grande Mère à l’origine de toutes choses.

Dans mon Arbre-Monde, on vénère ton courage de guerrier,
Ta magie de sorcier, ton inspiration de poète et ta frénésie de savoir.
On t’appelle le Père de Tous et toi, tu crois tirer les fils de l’invisible.

Oublies-tu que c’est à travers moi

Que tes Nornes gravent en Runes les forces créant vos destinées ?
Et d’abord, que connais-tu de mes Mystères ?
Es-tu seulement capable de me sacrifier ce que tu es devenu ?
Au défi que je lui lance, Ódhinn ne dit mot.
Il demande aux Dieux de l’attacher par un pied à ma plus haute branche.
Il a toujours su, au fond, qu’il devait se mettre en suspension,
Opérer ce retournement et modifier son angle de vision.

Merci à Turgis de Normandie

Puis, il brandit sa lance flamboyante et,

Dans un geste inscrit dans la mémoire universelle, il se transperce le flanc.
Feu d’En Haut qui libère le Feu d’En Bas.
Ouverture essentielle d’où s’écoule l’Essence du Ciel.
Retrouvant l’inscription en moi-même de ma béance originelle,
Je me fais vase pour recueillir le sang d’Ódhinn.
Il infuse mes racines, rejoint la Fontaine de Mímir,
Se distille dans mon tronc,
Et rejaillit dans mes bourgeons qui saignent à leur tour des larmes d’or.

Je ressens la souffrance et la solitude d’Ódhinn.

Elle est devenue ma douleur.
Elle dure neuf jours et neuf nuits…
Ou peut-être neuf mois, je ne sais plus.
Temps infini pendant lequel, Ódhinn, je t’ai bercé dans mon aura et enveloppé de mon Amour.
Et puis un jour… les vents arrivent.
Ils soufflent puissamment dans ma ramure de Frêne, et je m’agite frénétiquement.
Mes racines gémissent.
La nature entière gronde.

Alors, au plus fort de la tempête,

Dans une ultime contraction de mon tronc,
Tandis que, abandonné enfin, tu ballottes au bout de la corde qui te rattache à moi,
C’est ce moment que je choisis, Ódhinn, pour marquer ton corps du sceau de l’indicible
Et lui communiquer, à travers la palpitation vibrante de mes feuilles émues,
Mes secrets les plus éternels.
Tu es devenu Moi.
Nos points « comme Un » réunis, pour la nuit des temps.

Je sais que je fus pendu,
suspendu à l’arbre tordu par le vent,
neuf nuits entières,
blessé par une lance,
consacré à Ódhinn,
moi-même offert à moi-même,
sur cet arbre dont nul humain ne sait
sur quelles racines il s’appuie
(Havamal, strophe 138)

Tu ouvres alors les yeux et,

De la terre « d’Ases île » qui t’accueille,
Tu vois jaillir les Runes du sol, inscrivant leur reflet dans le ciel.
Tu les prends et tu es délivré.
Maintenant, tu connais le langage secret de l’Autre Monde.
Te voilà initié à la Connaissance suprême
Et dépositaire du Verbe portant le Fruit de Vie.
Par toi, désormais s’écoulera la Source.

Va, mon fils !

Je devins alors créatif et savant,
Et je grandis et  devins prospère,
Mes mots se préparaient depuis un mot
Jusqu’à un (autre) mot,
Mon action se préparait depuis une action
Jusqu’à une (autre) action.
(Havamal, strophe 141)

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